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CPAS de Gembloux - Réception de l’an nouveau 2010
Allocution au personnel - le 8 janvier 2010

Mesdames, messieurs, avant toute chose je voudrais à nouveau vous dire Merci à chacune et chacun d’être là aujourd’hui pour faire le point ensemble au seuil de l’année nouvelle. Merci et bienvenue en particulier à Mesdames et messieurs les Echevins, conseillères et conseillers communaux et de l’action sociale qui nous ont rejoint et bienvenue aussi aux médias ici représentés. Je me dois d’excuser l’absence de Philippe Crèvecoeur, Eric Vanpoelvoorde, Claire Parmentier retenus par des obligations bien légitimes mais qui m’ont chargé chacun de vous transmettre leurs bons vœux.

Je voudrais vous parler de 3 choses aujourd’hui :

v Un petit coup d’œil d’abord dans le rétroviseur, sur 2009 et sur la situation actuelle

v Les projets du CPAS pour 2010

v Une réflexion plus large sur notre société et nos propres comportements, réflexion plus philosophique, c-à-d étymologiquement plus amoureuse de sagesse.

2009 a été l’année de l’après crise de l’automne 2008. A voir les réactions des banques et des traders reprenant ces derniers mois leurs anciennes habitudes, je ne suis pas sur que l’alerte de fin 2008 aie été bien « comprise » par ceux-ci et suffise à faire changer les pratiques du monde financier. Nous ne sommes donc hélas pas encore sortis de la crise et j’ai bien peur que l’histoire ne retienne cette année comme celle marquant le début d’une crise beaucoup plus profonde remettant en cause non seulement nos pratiques mais le système économique, financier et politique dans ses fondements mêmes.

Positivement toutefois, la crise a stoppé l’inflation galopante, les prix de l’énergie sont revenus à des niveaux dits habituels et les deux sauts d’index prévus n’ont pas eu lieu, ce qui représente pour les finances du CPAS une économie annuelle de l’ordre de 300.000€.

Mais le chômage a repris de plus belle, et les chômeurs sont de plus en plus vite sanctionnés par l’ONEM, amenant à notre service social un flot de demandeurs du revenu d’intégration qui représente actuellement 8% de nos bénéficiaires. Chaque mois le CPAS paie au total environ 190 revenus d’intégration et 30 aides équivalentes pour des étrangers. Le surendettement augmente également de 6% en 1 an sur Gembloux, touchant non seulement des bénéficiaires d’allocations sociales, mais de plus en plus de travailleurs. 100 ménages sont en médiation de dettes auprès de notre seul service, et le service social conditionne de plus en plus d’aides à la mise en place de guidance budgétaire. Les perspectives économiques ne sont hélas pas optimistes et laissent penser que le chômage va encore augmenter en 2010 et que les indicateurs de pauvreté vont s’emballer, reflétant pour un plus grand nombre, plus de difficulté à nouer les deux bouts, plus de renoncement à se faire soigner, moins de départ en vacances, moins d’invitations d’amis chez soi, plus d’isolement, moins de dignité, ….

Dans ce contexte difficile, que retenir de 2009 au niveau du CPAS ?

· Au niveau du service insertion, l’accent a été mis sur le développement du café-thé qui ouvre maintenant 2 demi-journées par semaine. Des ateliers plus nombreux y sont organisés afin d’offrir à tous nos usagers un lieu convivial pour se délasser, parler, développer ses capacités artistiques, … mais aussi s’informer et s’interroger sur son mode de vie et de consommation en matière de logement, d’énergie, de culture , d’alimentation. Les jardins partagés essaient de faire découvrir des légumes oubliés de chez nous, et des ateliers cuisine comment les préparer et s’alimenter sainement à moindre prix. Le service insertion a été renforcé par l’arrivée d’Hervé Duchêne
Les personnes sanctionnées du chômage, se voient si possible proposer en fonction de leurs compétences un service à la collectivité dans le cadre de l’article 60.

· Pour plusieurs bénéficiaires du revenu d’intégration le désoeuvrement, la désillusion, la perte de confiance en soi et d’une image positive de soi sont tels que se mettre en projet et s’intégrer dans une structure de travail sont bien difficiles, malgré toute la compréhension et la patience des services qui les accueillent et des travailleurs sociaux qui les suivent. Avouons-le : nous avons parfois difficile à trouver des travailleurs article 60 motivés et beaucoup n’arrivent plus au bout de leur contrat.

· Au service social, un Contrat d’intégration est proposé à quasi tous les bénéficiaires du revenu d’intégration et plus seulement les jeunes. Cette intégration peut prendre toutefois diverses formes : recherche de logement pour un sans abri, poursuite ou reprise d’études pour un jeune, participation à la vie sociale gembloutoise, suivi d’une formation ou d’un stage de mise en situation professionnelle, recherche d’emploi, mise au travail dans le cadre de l’article 60. Une collaboration active entre les assistants sociaux « généralistes » et le service insertion s’est mise en place. Géraldine Duterme est venue renforcer le service social pour la recherche de logements et la mise en place d’une pédagogie de l’habitat.

· Je vous disais il y a un an que les divers fonds d’aide (énergie, mazout, eau, culture, sport) se pérennisent. Et bien nous pouvons déchanter car en 2010 la région a décidé de supprimer les chèques sport que nous continuerons à assumer sur fonds propres. Notre plan de Guidance sociale énergétique lui est opérationnel et nous permet de mener plus d’actions de sensibilisation à l’usage rationnel des énergies, mais aussi d’amélioration des performances énergétiques des logements occupés par notre public. L’aide d’un expert extérieur a permis en 2009 de sensibiliser aussi des propriétaires et nous comptons en 2010 entrer vraiment en négociation avec certains pour voir comment nous pouvons les aider à améliorer les performances énergétiques de leur logement à leur profit, mais aussi au profit de leurs locataires.

· Le service social rendu aux plus démunis de Gembloux, c’est aussi l’action des aides ménagères qui par tous les temps se rendent à domicile telles les fées du logis à l’écoute des solitudes humaines. C’est aussi les services de transport social et de buanderie. Quelle que soit la fonction que l’on occupe, le service social aux gembloutois exige patience, écoute, professionnalisme et surtout un énorme cœur. Que chacun et chacune en soit sincèrement félicité et remercié.

· A la crèche, le comité de gestion s’interroge toujours sur la manière d’améliorer si possible le taux d’occupation de nos sections et réduire les coûts. Chaque journée d’accueil coûtant, tous subsides décomptés, plus de 13 € à la communauté gembloutoise. Mais c’est surtout le nombre de places d’accueil qui préoccupe le conseil …. Et beaucoup de parents en quête d’une place pour leur enfant et pressé de reprendre leur travail. Des actions dès lors sont menées dans deux directions :

o D’une part, la construction d’une nouvelle unité de crèche permettant l’accueil de 20 puis 48 enfants est en cours. L’enquête publique est terminée et nous attendons l’octroi du permis d’urbanisme pour lancer les cahiers des charges. La construction débutera en 2010 et devra être opérationnelle avant fin 2011.

o D’autre part, des actions ont été menées en partenariat avec la ville pour stimuler l’installation de nouvelles accueillantes d’enfants privées : Soirée d’information et octroi de primes à l’installation, tant par le CPAS que par la ville. En 2009 ces actions ont commencé à porter du fruit puisque pas moins de 5 accueillantes ont démarré une activité nouvelle.

· Le CPAS participe aussi au développement de la Halte Accueil « Le Coffre à Jouets » qui grâce à la mise à disposition de 2 puéricultrices du CPAS a pu en 2009 ouvrir ses portes tous les jours pour un accueil d’urgence.

· Nos maisons de repos ont vu en 2009 le transfert de 8 résidents de La Charmille vers St-Joseph. Ceci nous a permis dès l’été de supprimer les 8 chambres à 3 lits de La Charmille qui sont actuellement progressivement rénovées et aménagées en chambres à 2 lits dotées de tout le confort moderne. Nous accueillons donc aujourd’hui 71 résidents à La Charmille et 72 à St-Joseph tenant compte des 2 chambres de court séjour. En 2009 nous avons également obtenu l’agrément de principe pour la création de 5 résidences services qui seront construites en 2010 sur le site de St-Joseph. Mise en service prévue en 2011.

· D’importants efforts de réorganisation des services ont été poursuivis dans les maisons de repos en 2009.

o Au niveau du nursing, après le transfert de 8 lits vers St-Joseph nous avons rétabli cet automne la présence de nuit d’une infirmière ET d’une aide-soignante sur chaque site, mais l’organisation du travail et des horaires a été revue pour que ceci se traduise par un allégement du travail de jour notamment pour la cuisine. De jour, une infirmière sera à l’avenir responsable de chaque étage et nous évaluerons cette organisation en fin d’année 2010. L’informatisation des soins sera également un chantier prioritaire en 2010 .

o En cuisine, l’équipe a été légèrement réduite et réorganisée, avec la désignation d’un chef de cuisine et d’un chef de production. Un gros effort a été accompli par l’équipe, permettant au conseil de renoncer finalement à la sous-traitance de la gestion de la cuisine : nous pourrons faire aussi bien , et je n’en doute pas même mieux que les sous traitants, en interne. Bravo à l’équipe cuisine qui a osé se remettre en cause et proposer une alternative crédible à la sous-traitance.

o Dans la foulée, l’économat a également été revu, et Isabelle Otoul est venue renforcer le service des travaux un peu submergé il est vrai par la gestion de nombreux gros projets.

o Le résultat de tous ces efforts, que vous assumez chacun et chacune au quotidien, c’est que le déficit des maisons de repos est passé de 627.000 € en 2007 à 303.000 € en 2008. En 2010, tout le personnel des MR recevra la prime d’attractivité. Le déficit budgétaire prévu est de 315.000 €.

Ensemble, nous avons donc pu ramener le déficit de nos MR dans une fourchette plus raisonnable. Même au service entretien, des économies substantielles ont pu être réalisées en utilisant et dosant mieux les produits. Je ne peux que vous en féliciter tous et toutes et vous remercier chacune et chacun pour vos efforts au quotidien. Les économies ainsi réalisées vont permettre au CPAS en 2010 de ré-investir et de lancer de nouveaux projets dans sa mission première : le social, et l’attention aux plus défavorisés de notre commune. C’est grâce à vous.

Plus concrètement je voudrais remercier ici spécialement quelques personnes qui nous ont quitté en 2009 après de longues années de bons et loyaux services, ainsi que d’autres qui depuis 30 ans mettent leurs énergies et leurs compétences au service du CPAS.

§ Chantal MONCOMBLE, d’abord. Entrée au CPAS comme infirmière à LA charmille au 1er février 1992. Elle prend des fonctions d’infirmière en chef en août 2004 et est nommée à ce titre en octobre 2005.Toute jeune pensionnée, depuis ce 1er janvier, je vous souhaite beaucoup de projets et de satisfactions dans cette nouvelle étape de votre vie. Merci pour tout le travail accompli et le sourire toujours paisible et calme.

§ Agnès DARTE. Entrée comme aide sanitaire au home Notre-Dame en novembre 1979 et depuis 30 ans fidèle à son poste. En février 1981 elle est affectée à La Charmille , mais travaille à nouveau à Grand-Leez, cette fois à St-Joseph, depuis septembre 2004. Merci pour ces 30 ans de travail au service des résidents.

§ Rita DEPAUW. Entrée elle aussi il y a 30 ans au CPAS. Au home Notre Dame aussi, comme veilleuse de nuit, sans diplôme particulier mais avec beaucoup de cœur. 3 mois plus tard, elle est affectée comme femme d’entretien au home Delrue, puis un an plus tard revient à Notre-Dame. Avec le début d’un nouveau siècle, Rita se lancera dans une formation en bonne et due forme et reprendra des fonctions officielles d’aide soignante cette fois en avril 2003 à Notre Dame et St-Joseph. Elle travaille toujours à ce titre à St Joseph. Bravo pour ce parcours et merci pour tout le travail accompli et les services rendus…. Et que cela continue !

Pour 2010 alors, quels sont les objectifs, projets et priorités spécifiques ?

1. les marges budgétaires dégagées vont nous permettre, je l’ai dit, de ré-investir dans l’action sociale. Les priorités doivent encore être définies par le Conseil, mais des services seront renforcés pour supporter la croissance du nombre de dossiers à traiter au service social ou en médiation de dettes. Pour permettre aussi le renforcement des actions d’insertion et le développement de nouvelles actions en matière d’économie sociale. Le service des aides ménagères sera également renforcé.

2. A La Charmille la rénovation complète des 8 anciennes chambres à 3 lits va se poursuivre, avant de songer à rénover les chambres individuelles. La cuisine expérimentera un nouveau système de marché public pour les achats alimentaires. Le nursing sera organisé avec une infirmière responsable à chaque étage et l’informatisation des soins devra devenir pleinement opérationnelle.

3. A St-Joseph, le nursing adoptera la même organisation. Les résidences services seront je l’espère mises en chantier.

4. Au niveau de la crèche, le programme qualité sera ré-étudié par le comité de gestion. L’accent devrait porter notamment sur la qualité de l’alimentation proposée à nos bambins. La nouvelle crèche commencera à sortir de terre …

5. En matière de logements :

· deux logements d’insertion seront aménagés au dessus des Mini-maxis. Les premières entreprises ont été désignées.

· Dans l’ancien Home Notre Dame à Grand-Leez des logements sociaux seront également opérationnels en 2010, gérés par la Cité des Couteliers. Le chantier se termine et c’est très beau !

· Enfin en 2010 nous assisterons à la démolition de l’ensemble de l’arsenal et le début de la construction d’un bâtiment de deux niveaux, avec un plateau au rez-de-chaussée pour divers services du CPAS et 8 logements sociaux pour personnes âgées autour d’un patio central à l’étage. C’est un projet très prometteur qu changera sans nul doute le look du bas de la rue. Il donnera aussi au CPAS la possibilité d’y aménager une nouvelle salle de réunion et jusqu’à 10 bureaux supplémentaires pour l’accueil de notre public. Je ne doute pas qu’ils soient rapidement occupés par les nouveaux projets que nous serons amenés à développer.

Tous ces projets, nous ne pourrons les réaliser que parce que nous disposons de services généraux efficaces et dévoués, tant au service du personnel qu’à la comptabilité ou aux travaux. Quelle que soit votre fonction au CPAS, de votre travail à chacun et chacune dépend directement la qualité de vie de beaucoup de Gembloutois. Que ce soit dans les maisons de repos, à la crèche, dans les services sociaux ou à l’administration, je sais déjà que nous pouvons compter sur la créativité, la conscience professionnelle, et la responsabilité de chacun et chacune pour trouver en nous les solutions de l’avenir pour offrir à chaque Gembloutois toujours plus de dignité et de plaisir de vivre, et rendre ensemble Gembloux plus solidaire,

Parce que, chers amis, malgré tous les dispositifs mis en place aux niveaux européen, fédéral et régional, pour protéger et intégrer et asseoir les droits d’un maximum d’exclus dans notre pays, au travers de son système économique accordant la priorité à l’argent et au travers aussi il est vrai d’un individualisme croissant, notre société continue à engendrer de la pauvreté. Et la pauvreté, osons le dire, n’est jamais une fatalité dont sont victimes et responsables ceux qui se seraient moins bien débrouillés que les autres ou qui ont eu moins de chance. La pauvreté est fondamentalement une violence et une injustice. Et si ce sont le système dans lequel nous vivons et notre individualisme égoïste qui l’engendrent, les pansements que nos aides sociales appliquent dans l’urgence aux blessures des plus pauvres ne viendront jamais à bout de cette maladie de notre société. C’est le système même que nous devons changer, sans oublier que celui-ci est porté implicitement par chacun de nous et que nous ne ferons donc pas l’économie d’une mise en cause personnelle de nos valeurs et de nos comportements..

Pour nos économistes, la survie de notre système capitaliste, et la solution aussi à tous ses problèmes, c’est LA CROISSANCE ! Toujours grandir, pour être de plus en plus riche, et de plus en plus heureux ! La croissance, à l’infini. Surtout ne jamais s’arrêter : cela nous ferait retomber !

Comme si on pouvait indéfiniment monter à une échelle, sans jamais se casser la figure … !
Comme celui qui emprunte à quelqu’un pour mener grande vie en lui promettant de lui rembourser le double….et pour ce faire emprunte à deux nouveaux pigeons à qui il promet la même chose, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne trouve plus assez de pigeons et que la pyramide s’écroule.

A en croire nos économistes, mais les politiques ne disent hélas pas autre chose, notre bonheur à chacun est donc lié à notre croissance collective. Et à quoi la mesurons-nous cette croissance ? Et bien avec le PNB, Produit National Brut, c-à-d la somme de toutes les « valeurs qui sont ajoutées » aux biens que nous produisons et consommons et sur lesquelles nous payons de la TVA . Car bien sur, produire de la valeur ajoutée, n’a de sens que si quelqu’un, nous en premier la consommons ! Et comme ça, pour nos économistes, au plus nous en produisons, au plus nous sommes heureux.

S’il y a deux manières de fabriquer un produit, une simple et une compliquée et bien il y aura plus de VA, donc plus de bonheur dans le monde à le fabriquer de manière compliquée.

Si je consomme plus d’énergie pour fabriquer un produit, ce produit aura plus de VA et mon pays sera plus heureux. Si je laisse mon cake plus longtemps au four, je consommerai plus d’énergie. Mon cake sera brûlé, mais il n’en sera que meilleur car il aura plus de VA !

Et lorsque nous sommes tous bloqués dans des embouteillages comme des sardines dans leurs boîtes, nous consommons beaucoup d’essence. Et même si nous étouffons dans les fumées et râlons de perdre du temps, soyons heureux car sans le savoir, nous produisons de la VA et donc du bonheur pour notre pays. Nous faisons augmenter le PNB !

Et puisqu’il nous faut consommer toujours davantage, nous finissons par devenir dépendants et malades. Mais cà n’est pas grave non plus, car pour nous soigner nous consommons alors des voyages de plus en plus lointains, nous bouffons du médecin et des médicaments … et nous augmentons encore le PNB !

Le problème, c’est que PNB, il est vraiment « brute » et les premières victimes de sa brutalité se sont les pauvres, et la Terre qui tous s’épuisent et chacun à leur manière finiront un jour par se révolter.

On en rit, mais revenons sur Terre : comment peut-on raisonnablement imaginer une croissance continue, indéfinie sur une terre finie qui a des ressources limitées et non renouvelées ? Savez-vous que si tous les hommes de cette Terre vivaient comme nous, européens, (et pourquoi n’en auraient-ils pas le droit ?), il faudrait 3 planètes pour subvenir à nos besoins en ressources minérales et végétales, en énergie et en eau ? Savez-vous qu’au rythme actuel de notre développement, dans 50 ou 100 ans nous aurons quasi tout épuisé et nous devrons nous contenter de ce que nous récupérons et recyclons, et de ce que la terre nous offrira chaque année de ce qu’elle reçoit du soleil ? Plus de pétrole, plus d’uranium, plus de minerais de métaux, ….
Non vraiment ce système ne peut que nous conduire à la catastrophe, et nous vivons déjà aujourd’hui une crise aux multiples facettes : crise économique, écologique et climatique, crise politique, mais aussi et c’est plus grave encore crise sociale et crise de sens.

Crise sociale :

v qui sont les plus touchés par les conséquences du dérèglement du climat que nous gens du nord avons provoqué ? Les pauvres du sud qui voient déferler tempêtes ou sécheresses et voient leurs forêts pillées, leurs sols surexploités pour des cultures qui leur échappent !

v qui sont les plus grandes victimes du chômage chez nous ? Pas les bardés de diplômes mais les sans diplôme qui n’ont pas eu la chance d’avoir des parents éduqués et de faire eux-mêmes des études.

v Qui sont les victimes de la publicité, les plus sensibles à cette publicité qui veut nous convaincre que pour être un Homme il faut absolument posséder une grosse voiture, un PC et une TV numérique, utiliser Woolite noir et changer de garde-robe à chaque saison non pas parce qu’elle est usée ou que le climat change, mais parce que la mode l’impose ? Les plus pauvres et les classes moyennes qui pour suivre le rythme imposé et espérer ne pas s’exclure d’avantage n’hésitent pas à se surendetter. Et on les convainc en plus que 2 à 3 ans plus tard, avant même d’avoir fini de les payer, les produits qui les auront rendus heureux aujourd’hui devront être remplacés par des neufs pour être encore plus heureux !

v Qui sont les plus victimes de la pollution au point d’en être malades mais de préférer payer l’abonnement TV plutôt que de se soigner ? Ceux qui vivent dans les logements les moins salubres, les moins isolés, les plus humides …

Crise de sens …parce que à force de chercher tête baissée à toujours posséder plus, produire plus, gagner plus, …à force de devenir de plus en plus stressé jusqu’à en tomber malade et improductif et être finalement remercié par son employeur d’abord puis par sa femme, nous oublions le sens de tous ces efforts et ces sacrifices, et nous nous oublions nous-mêmes. Croyez-moi : j’accompagne des personnes de plus de 45 ans qui ont perdu leur emploi et le vivent bien sur comme un coup sur la tête, mais pour beaucoup c’est l’occasion salutaire de se reposer les questions fondamentales du sens de leur vie et de repenser leur vie dans sa globalité.

Je voudrais, pour mieux vous faire comprendre les enjeux de la situation actuelle, la recadrer dans un contexte beaucoup plus large. J’ai été écouter il y a peu Christian de Duve, éminent professeur belge, prix Nobel de médecine et découvreur de la génétique. Il a commencé par nous parler de la loi de l’évolution des espèces de Darwin, évolutions basées sur la sélection naturelle nécessairement du plus fort. Pour que cette sélection s’accomplisse, elle a selon lui progressivement inscrit dans les gênes des espèces successives une sorte d’égoïsme de groupe qui pousse les plus forts à ne pas se soucier du sort des autres espèces et l’aide aussi à s’adapter aux changements environnementaux, au prix d’une évolution de l’espèce. Cet égoïsme devenu génétique est pour de Duve ce que certaines traditions appellent le « péché originel ». Mais ce péché, a cependant permis aux espèces de passer progressivement de l’amibe à l’Homme devenu lui-même au fil des ères de plus en plus intelligent. Aujourd’hui hélas, ne constate-t-on pas que le plus intelligent n’est pas nécessairement le plus « sage » et que dans ces conditions l’évolution des espèces qui continue sa marche malgré nous finira par se retourner contre le joyau de l’évolution qu’est l’homme. Par son comportement l’espèce humaine risque en effet fort de s’autodétruire quand elle aura rendu la terre invivable pour ses enfants. Car soyons clairs : la terre en a vu d’autres, et à force de l’étouffer avec nos gaz d’échappement nous ne la tuerons pas. La terre s’adaptera, même si sa biodiversité aura été réduite. C’est l’Homme qui ne pourra plus vivre sur terre et qui est menacé de disparition. Et la terre contribuera même à cette disparition en multipliant les cataclysmes dont nos enfants seront les victimes.

Vraiment si l’Humanité veut survivre collectivement, elle doit apprendre à maîtriser sa croissance pour la ramener dans les limites du supportable pour la Terre qui l’héberge. En 1972, les scientifiques du très sélect Club de Rome disaient déjà : « Halte à la croissance ». Près de 40 ans plus tard, ils semblent n’avoir toujours pas été entendus … mais qu’est-ce 40 ans il est vrai par rapport à l’évolution des espèces ?

Surtout, ne nous berçons pas d’illusions : ni le « progrès », ni la science, ni les technologies nouvelles, ni même les filières vertes ne vont régler le problème. Elles pourront nous y aider, mais nous ne pourrons éviter de remettre en cause profonde nos modes de vie pour essayer d’arrêter de croître. Nous n’y arriverons que si nous décidons, collectivement et individuellement de nous attaquer à notre égoïsme et notre individualisme génétique et de développer nos gènes de l’Amour, de la sobriété, de la solidarité et du partage. Et à la différence des autres espèces qui sont à la merci de leurs seuls instincts, l’humanité PEUT y arriver, car nous avons pour nous l’intelligence et quelque part aussi au fond de nous l’amour de la sagesse.

Gandhi déjà invitait les hommes à « Vivre simplement… pour que d’autres puissent simplement vivre ! ». Chacun, là où il est, peut décider de vivre plus sobrement, de résister à la surconsommation et aux produits de plus en plus exotiques, de moins en mois équitables, de réduire sa consommation en se limitant à satisfaire ses besoins et pas nécessairement tous ses désirs. C’est un choix personnel d’abord, mais qui ne rend pas nécessairement moins heureux : que du contraire !

Il y a en moi, comme en chacun de vous, une sagesse sans doute un peu étouffée qui me dit que les trésors les plus importants pour moi ne sont ni les richesses ni les biens que j’accumule, mais l’amour que je donne et que je reçois, le temps que je consacre aux autres et les relations humaines et solidaires que je développe, les Amitiés que je noue. Et cela je peux en mettre plein mon grenier, car c’est là que se trouve mon vrai bonheur. Oui, plus de simplicité volontaire n’est pas synonyme de retour en arrière et de moins de bonheur, mais de plus de solidarité, de convivialité et in fine de joie profonde ?

Savez-vous qu’à Gembloux on peut faire ses courses en se faisant des amis, en échangeant des recettes, en goûtant ensemble des vins ou des fromages de proximité ? Savez-vous qu’il existe à Gembloux un groupe où l’on s’échange des compétences et des services : je viens carreler ta salle de bains et tu m’apprends à utiliser un logiciel ? Connaissez-vous la formule d’habitats groupés qui combine le chacun chez soi et des facilités tous ensemble ?

Au niveau du CPAS nous préférerons le café équitable et des produits qui n’auront pas trop voyagé. Nous chercherons aussi à développer plus d’économie sociale et créer des emplois locaux et plus humains dans une entreprise qui rend des services à la collectivité mais donne aussi plus de place à ses travailleurs. Chacun peut aussi chercher à tirer profit des mesures existantes pour s’orienter vers un emploi peut-être un peu moins rémunérateur, mais plus gratifiant, moins stressant et moins voleur de temps, permettant un meilleur équilibre entre toutes ses valeurs.

Chers amis, l’avenir appartient à chacun de nous. Alors ,…

N’attendons ni Kyoto, ni Copenhague, ni … la Lune !

Agissons là où nous sommes,

Vivons, solidairement …et volontairement simplement,

Osons la cohérence de nos choix,

Donnons une chance à la Terre …et à nos enfants !

Préférons les valeurs humaines aux valeurs en Bourse,

Remercions pour chaque jour qui nous est donné,

Semons l’Amour sans compter,

Et nous récolterons Paix, Justice et Joie.

Au nom du Conseil et à titre personnel, je souhaite de tout cœur à chacune et chacun une très bonne année 2010, faite de bonheurs, de tendresse et de plaisirs simples.

Philippe GREVISSE

Président


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